Internet au bureau: le grand chambardement du temps de travail et des relations au travail

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Quid des 35 heures? Faut-il encore en débattre? «C’est probablement Internet qui en aura raison», constate le sociologue Ronan Chastellier. Déjà, trois cadres sur quatre, équipés ou non de smartphones, déclarent se connecter et travailler hors de leur bureau… et des heures de bureau. Pendant le week-end (50%), leur RTT (38%), les trajets (24%), ou même les arrêts maladie (26%). Pourtant, selon le même sondage (voir ici) mené en janvier par OpinionWay pour les éditions Tissot (spécialisée en droit du travail), à un même taux de réponses (72% des personnes interrogées), cette nouvelle dépendance n’est pas rejetée, mais au contraire perçue comme «libératoire», permettant une certaine flexibilité dans la gestion du temps personnel.

Deux autres études (le sujet est dans l’air!) publiées également début février le confirment. Selon Olféo, en France, l’utilisation d’internet au bureau à des fins personnelles est en moyenne d’une heure par jour (contre 35 minutes par jour pour usage professionnel). Avec un pic de consultation «perso» entre 12h et 15 h, et vers 17h. Une heure par jour, c’est l’équivalent de six semaines par an. La société Olfeo (spécialiste en sécurisation et optimisation des accès internet) à l’origine de cette étude en profite pour souligner les risques associés: au delà de la baisse de productivité, le risque juridique, les risques d’atteinte aux performances du réseau ou de fuite d’informations.

A l’échelon européen, c’est aussi le constat de l’étude Canon sur la progression très nette de la communication numérique au sein des entreprises. Une progression qui bouleverse tant les organisations que les relations de travail. Pour huit personnes interrogées sur dix, la communication en ligne, via la messagerie instantanée, les réseaux sociaux, la vidéoconférence et autres outils de travail collaboratif, a pris le pas sur les modes traditionnels de communication (moins d’entretiens, moins de téléphone, etc). Au total, moins d’interactions physiques, avec les collègues et avec les clients. Les usages varient (en proportion et en modalité) d’un pays à l’autre. Mais le diagnostic est généralisé. Dixit l’analyse de Canon (là encore une entreprise impliquée directement dans ce chambardement): les entreprises européennes peinent à mettre en oeuvre une stratégie de communication interne et externe pour gérer et exploiter les impacts de cette révolution numérique. (Nous y reviendrons dans un prochain billet).

Quant à l’impact sur le temps de travail et le recul de la frontière entre vie privée/vie professionnelle, relevé par l’étude OpinionWay/Tissot, selon Ronan Chastellier, cette situation serait d’une certaine manière pour l’entreprise, «l’accompagnement non voulu de la chose voulue». Ainsi, la zone tampon du travail à distance, non comptabilisée, doit inciter à envisager une nouvelle notion de temps de travail à distance. Notion qui vient troubler l’immuable durée légale du travail. Immédiateté, flexibilité, mais aussi prolongations (du boulot) jouées à l’extérieur: au delà des avantages et inconvénients liés aux technologies de communication se pose aussi, pour le sociologue, la question du progrès comme possibilité de perversion, voire de régression. Une question on ne peut plus récurrente! D’autres baromètres (cf notre billet du 4 janvier sur «le climat social et le moral des cadres; les héros sont fatigués») l’ont déjà relevée.

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